29 février 2008
dans mon panier
Le panier
l’immense panier
Béatrice Poncelet
Seuil Jeunesse
Fév. 2007

Un nouvel album de Béatrice Poncelet invite d’abord aux retrouvailles avec une œuvre d’une cohérence rare. Depuis son entrée au Seuil Jeunesse, les albums vont par pairs, identifiés par leur thématique et leur format non pas communs mais placés en résonance. Ainsi, Et la gelée, framboise ou cassis… ? album oblong, réflexions d’une adolescente sur le vieillissement, trouvait son prolongement dans Les Cubes de même format, dialogue entre une mère et sa fille, confrontées à la plongée dans la maladie de la grand-mère. Le panier, qui narre le passage d’un couple du statut de "parents de grands enfants" à "grand-parents d’un petit enfant", fait ainsi écho à Semer, en ligne ou à la volée, retours sur l’éducation d’un enfant devenu adulte par la métaphore de la culture, et qui se terminait sur l’image suggestive de deux anneaux pour bébé.
Les liens ne se tissent pas seulement d’un album à son suivant. Ainsi, Chut ! Elle lit, qui annonçait l’arrivée d’un futur enfant dans une famille nombreuse, travaillait-il déjà sur cette évolution du gris sombre vers le jaune lumineux qui structure aujourd’hui cet album. Et Chez elle ou chez elle proposait déjà cette expression des univers de vie.
Retrouvailles, certes, mais ici avec un album exceptionnellement maîtrisé.
Lire un album de Béatrice Poncelet, c’est d’abord une entrée dans un livre. En premier lieu une couverture, que l’on se doit d’ouvrir à plat car elle nous conduit vers une lecture synthétique de l’album. Ici, de la gauche vers la droite on y trouve le gris, le vide, l’ennui décrit dans les premières pages, puis, tâches de couleurs prometteuses, des chaussures, fruits, jambe d’enfant et panier qui eux symbolisent l’arrivée de l’enfant. Ensuite arrivent les pages de gardes résolument monochromes (une fois n’est pas coutume) mais de teintes différentes (c’est donc un choix !). L’entrée est progressive, on tombe sur une paire de lunettes rapidement posée, à même le bas du livre, en un effet trompe l’œil dans lequel la créatrice excelle.
Le lecteur plonge ensuite dans le cœur du livre construit en trois mouvements : l’ennui et la monotonie d’un couple pour lequel prédomine « l’impression du temps arrêté », dans cet environnement qui « a été », puis l’attente rêvée, amorcée par l’annonce inattendue de l’arrivée d’un enfant (« un enfant, tout simplement ») et finalement l’arrivée du tout petit qui donne lieu à la partie la plus dense, saturée de mouvements et de couleurs.
En tant que telle, la couleur appuie considérablement cette construction et les rares taches orangées dans le premier univers, résolument gris, prennent d’ores et déjà le rôle d’anticipations ou d’indices. Tout comme cette vache qui, à bien y regarder, tiens tiens, présente des angles étranges…
Comme toujours, l’enchaînement des pages est savamment orchestré. Sans pour autant offrir un strict continuum, les motifs graphiques se répondent, de recto à verso, mais aussi de recto à recto ou de double page en double page: reprises d’éléments, continuité des fonds, ampleur des mouvements… Le lecteur est un promeneur tiré par la manche par les éléments même du livre qui s’organisent en un défilé dynamique.
Au passage, on admire la beauté des fonds aux dégradés parfaits, la texture que l’on devine veloutée en dépit de l’impression, la subtilité des teintes… mais il y a mieux à faire que s’extasier car ni les textes, ni les images suffisent à construire le propos.
Et c’est là que le terme de « maîtrise » s’impose, dans cette composition si cohérente où textes et images sont indissociables, s’interpénètrent, interactifs pour suggérer -et jamais imposer- un univers étonnamment expressif. Tout, absolument tout fait sens : compositions, positionnement, typographie… tout est au service de la narration. Pour autant, l’ouvrage n’est nullement conceptuel, ni même élitiste car c’est la vie même qui est ici célébrée : une intimité qui touche à l’universel.
En témoigne cette dernière image, sur les dernières gardes, couleurs chaudes, couleurs de vie, qui entremêlent les chaussures de ce tout petit avec celle de l’adulte et qui nous offre cette vision d’une contemplation affectueuse, émue donc émouvante, par ce petit miracle sans cesse renouvelé.
En refermant le livre, on pense à Hokusai et à ses fameuses paroles sur l’âge de la maturité artistique… Béatrice Poncelet a pour lui l’âge d’un bébé… Mais elle est depuis longtemps passée maître dans l’art de l’album…
« …aujourd’hui nous y sommes !!
On était avec nos rêves, je vous le dis,
très, très en dessous de la réalité !!! »
Commentaires
Merci de cette information: c'est toujours un bonheur de retrouver un album de Béatrice Poncelet! Longue vie à ce blog.
Tu décris, mais tu n'analyses pas, ce qu'il faudrait arriver à faire si ton site vise à donner plus qu'à informer des nouveautés
Cette note de lecture intervient dans la catégorie "Retour de librairie", elle n'a donc nullement la prétention d'une analyse et vise précisément à informer des nouveautés.
Eh oui, la vie n'était pas toute rose tant qu'il n'était "panier", ce petit moïse...
Très heureux de découvrir ce blog.
hé, hé, je vous reconnais bien là Frédéric!
Heureuse de vous compter parmi les visiteurs avisés.
Bonsoir... Bien contente de te lire. Passionnée de littérature jeuness,je propose, pour ma part, la rubrique "Le livre du mercredi" où je donne chaque semaine un de mes coups de coeur Jeunesse...
Je suis heureuse de retrouver, en ce dimanche matin pluvieux, ce qui m'avait plu à la lecture de votre ouvrage. Tout cela me donne envie de me plonger dans les albums de Béatrice Poncelet. Dans tous les cas, de faire une razzia dans le secteur jeunesse de ma bibliothèque.
Quelle bonne nouvelle ce blog ! Nous partageons des bonheurs pontiens, nous gardons des aureurs au chaud (Poncelet, Ungerer...), nous nous somme déjà croisées plusieurs fois professionnellement (Ageem, colloque littérature...) et je suis ravie de cette possibilité de te lire que tu nous offre.
une future visiteuse régulière
Nouveau commentaire : le premier a été écrit trop vite sans relecture. Je vous fais confiance pour rajouter les "s" et les "t" qui manquent...
encore toutes mes excuses
Je me demande bien qui se cache derrière ce loup mais en tout cas toutes mes amitiés et tous mes remerciements pour ce bien sympathique commentaire.
SVDL
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=428279&pid=8143780
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :